Toc-toc, tac-toc, tac, tac...
Etouffé par le liquide amniotique, le bruit ne m'en parvenait pas moins net et
précis.
Rassurant comme une berceuse.
Et puis un jour je suis née, et j'ai bien dû me rendre à l'évidence: je devrais toujours lui disputer l'attention maternelle.
Passion dévorante, elle le dévore.
Myrte, olivier, pommier, platane, ses récits de voyages et ses rêves se déclinent
au gré de leurs veines.
Qu'il vente, qu'il neige, en Grèce, au Maroc, en Turquie ou en Suisse, depuis 30
ans, s'échappe de son atelier le bruit régulier du maillet et du ciseau.
Il lui faut toujours une souche à ronger.
Et si elle daigne s'asseoir poliment à votre table, vous la verrez bien vite trépigner
d'impatience: un tronc l'attend dans son atelier, ou au fond de la forêt.
Le "bienheureux" visiteur se verra alors proposer bottes et brouette, et la cueillette
commencera, au prix d'une ou deux de ses vertèbres. Mais qu'importe, venez admirer
le résultat.
Toc-toc, tac, toc.
A l'instant où j'écris ces lignes, j'entends ma berceuse rassurante: elle
vit.
Joëlle, sa 157e création
