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Marianne Cornut, la sculpture, la beauté révélée.

Le bois est par excellence la matière, ce qui s'exprime jusque dans le langage populaire, héritier des traditions artisanales qui le façonnaient.

Il est en Inde un symbole de la substance universelle. Le bois recèle une sagesse et une science surhumaines.

Chez les Anciens, Grecs et Latins, des bois étaient consacrés à la divinité; ils symbolisaient la demeure mystérieuse du Dieu. La forêt, centre de vie, réserve de fraîcheur, d'eau et de chaleurs associées évoque la maternité. Elle est la source d'une régénérescence. Elle intervient souvent en ce sens dans les rêves, trahissant un désir de sécurité et de renouvellement. Elle est une expression de l'inconscient. De nos jours encore, la tradition des bois sacrés est demeurée en Afrique.

Dans la région de Cossonay, à La Chaux, une artiste de talent sculpte depuis des années les bois de toutes sortes, leur conférant une aura d'immortalité.

Quand on entre chez Marianne Cornut, on ne peut qu'être impressionné par la foison d'œuvres d'art qui s'emparent littéralement de la maison:
salon, escaliers, chambres, couloirs offrent au visiteur une exposition permanente de statues, tableaux, bijoux créés par l'artiste.

Il s'y mêle harmonieusement les photographies de Roger Cornut, son époux. On ne peut se résoudre à rester en place, tant les statues ont le pouvoir d'interpeler; il faut les toucher, caresser ce bois lisse, brun clair ou rouge, humer les senteurs des différentes essences.

Certaines sont toutes fines, d'autres immenses, qui tiennent presque de l'impossible lorsqu'on regarde cette artiste mince et réservée; elle raconte alors les difficultés à travailler certaines matières, un blocage du dos lorsqu'elle a dû retenir un tronc qui allait tomber de son établi, la poussière qui aveugle.

La demeure regorge de trésors, Marianne Cornut ne sait plus où mettre ses nouvelles créations; elle a aussi un atelier en Grèce, d'où elle ramène le bois tourmenté de l'olivier "un bois magnifique, mais plein de défauts; les arbres fruitiers sentent un peu leurs fruits, on dirait qu'on travaille un vieux tonneau d'olives". Sa sculpture respecte les courbes naturelles de l'arbre qui l'inspire, il arrive que la forme naisse pendant que son travail avance, sans qu'elle ne se soit fait une idée de départ.

Ses voyages au Maroc, en Turquie et ailleurs lui ont permis de découvrir une multitude d'essences.

L'art en mouvement

Lorsqu'on prend le temps de vivre avec les statues, certaines se détachent et nous touchent plus particulièrement.

Le titre vient spontanément; bien sûr, ce ne sont pas toujours ceux choisis par Marianne Cornut; ainsi les "mères à l'enfant" ou les "couples", beaux dans leur enchevêtrement et la sensualité qu'ils magnifient.

Il arrive qu'ils soient représentatifs d'une période: "lorsque j'étais enceinte, j'ai beaucoup fait de mères à l'enfant". Il y a aussi des sculptures évoquant l'oiseau, dont le vol prédispose à servir de symbole aux relations entre le ciel et la terre; l'oiseau de bois dépasse la matière par la liberté qu'il laisse entrevoir.

Marianne Cornut a beaucoup d'humour, elle a tellement de statues qu'elle ne se souvient plus du nom de chacune d'entre elles; on s'y met à deux pour essayer de les retrouver. Elle a produit aussi des centaines de peintures, parfois proches du fantastique, parfois de l'abstrait, dans une débauche de couleurs, de brouillard et de contours; les paysages du pied du Jura peuvent s'y reconnaître dans quelques-uns. Elle peint des nus, pudiques, fragiles et fermes à la fois, inutile de décrire, ils se regardent seulement.

Alors, dans l'attente impatiente d'une exposition, nous pourrions terminer avec les mots de Monique Saint-Hélier: "Ah! Si nous pouvions vivre ainsi! Tournés vers l'Art ( ... ) on arrive à tirer du néant d'une page blanche, un arbre qui demeurera vivant quand l'arbre lui-même sera mort, un visage qui vous regardera, alors que ses yeux réels sont depuis des siècles fermés" (Journal, 30 avril 1942).

Sophie-Hélène Martin / 24 novembre 1995

Marianne Cornut
Marianne Cornut
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EXPOSITIONS 2007
Exposition de sculptures
à l'Arboretum d'Aubonne
du 22 septembre
au 7 octobre 2007.
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